Comment j’ai poké mon père

Publié le 19 novembre 2009 par Vincent

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Comment j’ai poké mon père

“Je te poke, tu me pokes, on se maile, on baise”, écrivait le poète à la fin des années 2000, prédisant du même coup la disparition de facto de la fonctionnalité la plus mystérieuse de Facebook. Difficile de le contester : le poke s’est fait de plus en plus discret au fil des mises à jour. À croire que Mark Zuckerberg voudrait ranger son jouet d’enfance, devenu inutile, dans une vieille malle à oublier.

Près d’un an après cet amer constat, qu’est donc le poke devenu ? Dans sa quête constante de valeur ajoutée, votre serviteur n’a écouté que son idiotie et a poké un à un ses 450 contacts, à la recherche de réactions.

Donnez-leur le doigt, ils ne vous rendront rien

Les résultats interpellent. De prime abord, les chiffres donnent raison aux déclinologues du doigt tendu : seuls 20 pokes m’ont été rendus, soit un taux de retour ridicule de 4,4%.

Premier constat : sur ces vingt lurons, la parité est parfaitement respectée. Dix garçons et dix filles m’ont retourné la politesse. Aucune de mes rares ex dans le lot. Le poke ne semble pas être la meilleure arme de reconquête amoureuse, et difficile de tirer une conclusion sur le sexe de cette pratique.

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Autre curiosité : le pokeur-type est Charlotte Turpin, de la classe de CE2 de monsieur Reynaud, à Fontenay-sous-Bois. 60% des retours de poke proviennent de vieilles connaissances plus ou moins perdues de vue, et pas forcément d’amis geeks drogués au LOL.

Dernière surprise, et pas des moindres : le poke n’appelle pas forcément au poke. En effet, suite à ma croisade menée du bout du doigt, j’ai reçu trois messages privés de vieux potes, dont un savoureux You poked my wife ?!.

Ajoutez à cela quatre discussions directement liées au poke sur le chat de Facebook, et vous obtiendrez un joli morceau d’interactivité. Si on considère de manière arbitraire qu’un message privé vaut trois pokes en termes de prise de contact et un chat deux, l’incidence d’un simple clic est bien plus importante qu’on ne le croit.

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Conclusions et désespoirs

Quels enseignements tirer de cette grande aventure humaine ?

Premièrement, et le reconnaître est un déchirement : Vincent Glad avait raison, le summer of love du poke, c’est bel et bien fini. Aucune réaction même vaguement libidineuse n’a été notée durant cette expérience.

Ensuite, il semble que le poke se soit assagi et bonifié avec le temps. D’un poke de masse, ininterrompu et dénué de tout sens, nous sommes passé à un poke « quali », qui se substitue à Copains d’Avant. Si jamais l’envie vous prendre reprendre contact avec un ami Facebook un peu oublié, tenter un coup de pokeur peut être une solution sans risque.

Enfin, poker plusieurs centaines de personnes est très long. Plusieurs heures sont nécessaires, et des questions vous tiraillent régulièrement. « Dois-je aller au bout de mon complexe d’Œdipe et poker mon propre père ? » « Et lui, avec qui je me suis engueulé à propos d’un cours il y a cinq jours, ne va-t-il pas mal le prendre ? ». Cette démarche est une sorte de pèlerinage personnel, un voyage au bout de soi, une expérience inoubliable. Qui n’a pas manqué de s’effondrer complètement quand, quelques jours plus tard au milieu d’une soirée arrosée, une amie m’a hurlé : « Ah, Vincent, j’ai vu que tu m’avais pokée ! Ça me touche, mais c’est quoi, le poke ? »

Monde de merde.

Photo CC LarimdaME