Facebook, faux amis et vrais traquenards

Publié le 3 février 2010 par Pierre

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Facebook, faux amis et vrais traquenards

Depuis peu, Edouard et Leila sont mes amis sur Facebook. Si Leila n’a pas une photo très engageante, Edouard est beau et ne souffre aucune concurrence de la part d’Edward Cullen. Le problème d’Edouard et Leila, c’est qu’ils sont du genre discret et ils ne partagent pas grand chose sur leur wall. Ils doivent sans doute vouloir conserver une part de secret, ou bien être timides.

Edouard et Leila sont d’autant plus énigmatiques que je ne suis jamais arrivé à les croiser dans les couloirs alors qu’ils se revendiquent de la grande maison. En plus d’être ouvert à tous et sans lien explicite avec l’IEP d’Aix — et ce malgré un intense lobbying — le réseau « Institut d’études politiques » sur Facebook est désormais le terrain d’une marchandisation amicale intense. Les demandes d’amis imaginaires se multiplient depuis la fin 2009 dans ce qui ressemble à une course aux relations amicales données sauvage.

Les amis de mes faux amis sont aussi mes amis

L’offensive a commencé en décembre 2009 avec Edouard Von Broeck et ses photos de mannequin glacé et photoshopé à en faire maigrir un modèle Ralph Lauren, un nom exotique sorti d’un mauvais plagiat de Gossip Girl, des amis que l’on compte sur les doigts d’une main et une requête qui laisse Google muet… Urbain, l’inconnu en mal de relations répond aux messages et va jusqu’à demander sur son wall qu’on lui conseille de nouveaux amis suite au piratage de son compte. Tiens donc. Un mois plus tard, Edouard vire sa cutie : de chrétien il devient juif, et modifie le nom de sa copine du même coup. Notre ami Bunbury 2.0 a sans doute oublié d’être Constant sur les réseaux sociaux.

Deux semaines plus tard, c’est au tour de l’énigmatique Leila Hazine de faire son entrée, et rebelote : nom inconnu, aucun résultat sur Google, etc. Malgré son air peu avenant, Leila cartonne auprès de mes amis et nous en avons vite plus d’une dizaine en commun.

Dans ces deux cas choisis parmi d’autres, les noms ne ressortent nulle part dans le répertoire des élèves fourni par l’Association des anciens élèves de l’IEP. Dans les deux cas, et malgré un profil qui sent le fake au kilomètre, leur réseau IEPien s’est étendu grâce au bénéfice du doute : le même prénom qu’un(e) étudiant(e) timide ou quelques amis en communs qui rassurent les suivants, et le tour est joué.

Cette saison, la tendance est à l’étudiant à particule

Certes, les faux profils ne sont pas nouveaux et font depuis longtemps partie de la Google map du tendre pour la récolte d’indices amoureux. Mais aujourd’hui, quel est l’intérêt de s’embêter à créer et photoshoper Edouard quand les photos sont accessibles à (presque) tous, et que le profil des nouveaux membres du réseau de l’école s’ouvre automatiquement ? Sainte Privacy Policy a effectivement entendu les prières des espions en herbe.

En grattant un peu et en demandant à ses (vrais) amis de vérifier leurs listes d’amis virtuels, on parvient même à en sortir des tendances. Il ressort ainsi que les noms à particules constituent une cible particulièrement recherchée, et que les profils avec des noms à rallonges douteux sont légion. En seconde position arrivent les membres des réseaux de grandes écoles, comme nous avons pu en faire l’expérience.

Un ami qui ne vous veut pas du bien

Le cas aixois n’est en fait pas isolé. À Sciences Po Paris, l’association Libertés Numériques a lancé un appel contre de faux profils déjà membres des réseaux d’HEC, la Sorbonne, l’ESSEC et Sciences Po à 20 ans, respect. Le but ? D’après l’association, « ça sent le marketing de vos données perso à plein nez ». Jusqu’à maintenant, on nous faisait miroiter un iPod en échange de notre email dans le hall de l’IEP, maintenant on nous le vole sur Facebook en nous alléchant avec un faux mannequin versaillais.

Si l’on en croit ReadWriteWeb, les faux profils se multiplieraient et seraient utilisés pour propager des spywares. Derrière Leila se cacherait ainsi un hacker ukrainien scannant les photos de mon week-end à Bouc-Bel-Air et prêt à m’attirer sur un site aussi dangereux (et NSFW) que sciencespoaix.net. Tu parles d’une copine…

Encore une amitié qui finit mal et qui pourrait faire un beau sujet d’Envoyé Spécial.

Photo CC a_sorenze